Les Potins des Anciens Caddies par Carmelo

Les Potins des Anciens Caddies par Carmelo

Rencontre avec Carmelo

La première journée de ma vie au golf…
Je m’en souviendrai toujours…
C’était en juillet 58, un samedi après-midi. Je savais qu’il y avait des caddies qui gagnaient de l’argent en portant des sacs du golf. Je suis arrivé en début d’après midi, il y avait Madame Daviez qui s’occupait des vestiaires et des caddies.  Je lui ai demandé si je pouvais faire caddy, elle m’a dit que non, c’était complet. J’étais entrain de repartir, je n’étais pas arrivé au niveau du secrétariat, que Mr Gillet, un Monsieur aussi grand que large, demande à Mme Daviez si elle avait un caddy pour lui. Il n’y avait plus de caddy disponible alors Mme Daviez me rappelle ! Elle explique à Mr Gillet que ce jeune homme, en parlant de moi, voulait faire caddy mais ne l’avait encore jamais fait. Mr Gillet a répondu « il n’y a pas de problème, pourvu qu’il tire mon chariot, pour le reste je m’en débrouille ». Il a fait 9 trous. J’ai tiré le charriot. Et c’est comme ça que les autres dimanches je suis revenu… Et ce jour-là je ne sais plus s’il m’avait donné 3 francs ou 4 francs, mais quand je suis arrivé chez moi, mes parents ne croyaient pas que je les avais gagnés au golf. Le dimanche d’après, on habitait Drumettaz, mon père est venu voir si réellement je tirais le chariot ! Il m’a vu j’étais sous les arbres du 8 de l’époque, parce les caddies ne montaient pas sur les départs, on s’arrêtait aux arbres. Mon père a même pris des risques pour traverser le parcours, c’était en fin de journée, mais il a vu que j’étais là et il est reparti. Voilà comment des premiers jours de juillet 58 à fin juin 65 j’ai été caddy.
J’avais 11 ans en 58, je ne pouvais pas travailler. L’argent chez moi il n’y en avait pas, et quand j’arrivais à gagner 3, 4, 5 francs, 10 francs et même plus, je faisais un parcours le matin, un l’après-midi, ramassage des balles il n’y avait pas de machine à l’époque, chaque joueur avait son sac de balles avec 40 ou 50 balles,  il n’y avait pas la mare au 1, ils tapaient de là, et nous on était à la petite bute plus haut pour ramasser les balles. Et au retour le joueur comptait les balles ! Mais ça payait bien, ils tapaient une demi-heure, ils donnaient 2 ou 3 francs anciens… Je donnais tout à mes parents, mon père était maçon, illettré, ma mère aussi, on était à l’époque 5 gosses, puis 7 après, je rapportais tout à la maison.
A l’époque il y avait des compétitions, les gens arrivaient, jouaient à 9h, 9h30, 10h00, ce n’était pas comme maintenant avec les départs organisés. Enfin il y avait 80 membres à l’époque. On voyait toujours les mêmes, les grenoblois, Gourdel, Gachier, les lyonnais, Visseaux. Les aixois, à part les frères Cerboneski et un dénommé Sarfati, étaient peu nombreux. Les frères Cerboneski ne prenaient pas de caddies, Sarfati il en prenait un.
Caddy, ça a commencé à baisser après les années 68, j’ai mon frère Paul qui est venu dans les années 65/66 quand j’ai arrêté, mon frère Joseph en même temps que moi à un an près… il y a toujours eu un Cacciatore comme caddy. Vincent mon cousin est venu en même temps que moi, son frère Joseph aussi … c’est moi qui les avais introduits. C’était plus facile pour eux de venir parce que moi j’étais déjà dans la maison.
Je n’ai pas connu la période avant 58 mais de 58 à 65, les caddies on n’était pas des esclaves mais on était des moins que rien. On ne montait pas au bar. Et quand on allait chercher untel au bar, envoyé par quelqu’un, on s’arrêtait à la porte du bar, Fortune venait nous voir « qu’est ce qu’il y a mon pt’it ? » « Vous pouvez dire à Mr Untel qu’il est attendu en bas » Mais nous, on ne rentrait pas au bar.
Et à l’époque, on jouait nous les caddies, mais en fraude !
Le soir après les compétitions, c’était interdit mais on avait 3 clubs et un putter que des gens nous avait donnés et on jouait à 4, on faisait les trous du haut, à l’époque c’était le 11, 12, 13, 14, 15, les 2, espadrilles ou en sandales ! Les clients le savaient, ils nous voyaient mais ils ne disaient rien ! C’était interdit mais tout le monde savait qu’on jouait… On arrivait parfois à faire 2 fois le tour… Maintenant j’ai les chaussures, j’ai tous les clubs, je suis autorisé à jouer et quand sur ces trous là je fais 2 pars de suite ou 3 …. (mains au ciel …)
A l’époque les joueurs marquaient eux même leur carte, nous on allait chercher la balle, on regardait la balle, on donnait le club qu’il voulait, on veillait à ne pas perdre de balle, c’est pour ça qu’au 17 de maintenant c’était le 4 on se mettait vers la rivière, au 8 de maintenant c’était le 17 on se mettait aux arbres, au 4 c’était le 12 on se mettait vers les arbres de droite. On avait intérêt à les voir les balles !
Au 7 actuel il y avait à côté du green un jardin, derrière le 3 actuel il y avait une vigne avec des pêchers de vigne… à gauche du 2 de maintenant le 11 de l’époque il y avait des pruniers…
Ah les souvenirs de caddies… Il y a certaines anecdotes qui m’ont marqué et dont je me souviendrai toute ma vie … Interview de Carmelo  Cacciatore, Ancien Caddy, Président du Comité de 2010 à 2014.