Les Potins des Anciens Caddies par Ketty ...

Les Potins des Anciens Caddies par Ketty ...

Rencontre avec Ketty

Ketty : « Quand j’ai commencé, j’étais en 4ème, je pense que c’était en 52, 53, ceux qui habitait au même endroit que moi, on était à la gendarmerie, on venait tous, du même âge, enfin on était 5 ou 6. Comme tous les caddies, on jouait. Il y avait un coin particulièrement aimé des caddies, c’était du côté du Viviers…On était loin là-bas, le Professeur, il fallait qu’il prenne le temps de venir nous voir… donc le soir on allait jouer là-bas. A l’époque c’était Mr Hirigoyen… on partait du 2 maintenant, le 3 le 4 le 5 le long de la voie ferrée, ensuite on revenait par le 6, donc c’était 10, 11, 12, 13, 14, 15. Après je suis partie d’Aix, et lorsque je suis revenue, il y a environ 20 ans, il me semble que Mme Charpenel m’avait dit que nous, les anciens caddies, on pouvait jouer en payant demi-tarif.
 
La première fois que j’ai porté, je n’avais jamais fait caddy, j’avais juste déjà suivi, et un jour Mme Daviez avait besoin de quelqu’un pour une dame qui était avec son mari, cette dame était très jolie, très gentille, et elle m’a désignée comme pouvant jouer le rôle de caddy. Heureusement, avec moi, portait pour le Monsieur, le même caddy depuis un certain temps, Mr Rivollier. Gérard Rivollier. Au cours de ce parcours, c’est lui qui m’a indiqué tout ce qu’il fallait dire, c’est nous qui donnions les indications, ça c’est passé comme ça. En tant que femme, Mme Daviez nous donnait à porter plus pour des femmes, mais il y avait plus d’hommes dans les clients. Sinon j’ai porté pour une Dame plusieurs fois, Mme Garcin, des îles britanniques, elle jouait très très bien, elle n’avait pas un handicap très bas mais elle jouait très régulier, elle avait un chariot donc c’était déjà moins lourd, et comme elle jouait droit, je n’ai jamais cherché de balle pour elle.
 
A l’époque il n’y avait pas d’entrainement comme maintenant, il y avait un terrain d’entrainement, quand on monte au 1 de maintenant, le Prof accompagnait surtout les clients sur le parcours, il dégrossissait sur le terrain d’entrainement. Les clients et les caddies on ne se mélangeait pas sauf au moment du jeu, forcément… le groupe des caddies était très sympathique, Mme Daviez dirigeait tout ça, il y avait une bonne équipe, on jouait aux cartes en attendant les clients, on était dessous dans l’actuel pro shop, c’était très sympathique, il y avait des filles, des garçons de nos âges, il y avait certainement des petits flirts… D’ailleurs deux couples auxquels je pense, ont du se connaître là, les Manzato, Odette et Serge et Jean Claude et Simone.  Les 4 se sont connus ici. Serge et Jean Claude étaient frères. Il y en avait d’autres, ça n’allait pas toujours jusqu’au mariage, mais j’aimais bien cette ambiance. Annick Morel tu connais ? Tu sais qui elle a connu là ici au golf, Roland Chautagnat, c'est-à-dire son compagnon. Ils se sont fréquentés quand ils étaient caddies, se sont quittés, se sont mariés tous les deux, ont divorcé tous les deux, et quand en 2008 on s’est retrouvé au premier restaurant des ACA, ils se sont retrouvés tous les deux ! Des histoires, il y en a eu !
 
J’ai donc débuté avec les conseils éclairés de Gérard Rivollier et puis après on se débrouillait. On a tous démarré comme ça avec l’aide des plus anciens. Les clients étaient souvent des industriels, des médecins, des juristes, des commerçants et il y avait quelques personnes « plus simples » qui n’appartenaient pas à ces milieux par exemple Peppo Ferrari… Je crois me souvenir qu’à l’époque nos tarifs c’était 4 francs 50, anciens. D’une manière générale, les grenoblois étaient moins généreux que les lyonnais… côté pourboires… C’était flagrant.
 
J’ai été porter au tout début du Golf de Talloires. Il y avait une compétition entre les aixois et les anneciens, et un jeune caddy et moi portions pour un jeune couple de Grenoble très sympa, ils nous ont demandés de les accompagner, ils nous ont emmenés en Pontiac, j’étais malade d’ailleurs dans cette voiture. Le Golf de Talloires débutait de quelques jours, il n’y avait pas de végétation. Je me souviens avoir découvert le trou de Bise, c’était un par 3 et celui qui le faisait en 1 était invité à déjeuner chez Le Père Bise, restaurant 3 étoiles. Ces gens pour qui je portais étaient très sympas, ils débutaient mais ils étaient très distingués. Et puis à la fin de l’épreuve, ils n’avaient pas joué ensemble, elle demande à son mari « tu as perdu beaucoup de balles ? », il lui dit « Non, et j’en ai même récupéré 4 ! » C’était une bonne journée dans un très beau cadre.
 
Je n’ai jamais eu de clients qui étaient d’une grande générosité sur le plan des pourboires. Ca arrivait à mes camarades mais moi non. Mme Daviez un jour me dit « Vous portez cet après-midi, mais ça vous ennuie de porter 9 trous ce matin ? » Je lui ai dit oui bien sûr, ça me faisait une journée complète, ça arrivait rarement. Et elle me dit c’est pour un américain. J’étais contente de porter pour un américain, un Docteur, très intéressant. Il ne faisait que 9 trous car ça le fatiguait, il avait un sac très petit, avec 3 ou 4 clubs, on a fait les 9 trous, ça c’est très très bien passé, il m’a parlé de New York, et à la fin il m’a remerciée, m’a demandée combien ça me rapportait, et m’a dit « je vais vous donner un pourboire… » Je me suis dit « On y est… » et il a pris 3 ou 4 pièces de 10 centimes, il me les a données et il était très content ! Ce n’était pas grand-chose, en tous cas par rapport à ce que j’espérais… et même au prorata de ses moyens… Mais c’était le geste… il avait été content de parler avec moi et ça lui faisait plaisir de me donner un pourboire ! C’a été mon seul américain ! Mais c’est un bon souvenir.
J’ai porté pour une dame qui tous les 50 mètres, demandait un petit vêtement dans son sac, puis elle l’enlevait, le remettait, il fallait que je le range dans son sac, je faisais ça tout le long, elle avait tout ce qu’il fallait, le petit gilet le petit foulard… elle était un peu maniaque….
 
Je me souviens d’une anecdote de Gérard, je n’étais pas présente, mais il racontait que pendant la guerre, il y avait donc l’occupation allemande, il y avait des officiers allemands qui jouaient au golf et les balles c’était assez rares, il ne fallait pas les perdre. Les caddies en trouvaient. Mais ce n’était pas des balles neuves.  Alors il racontait qu’ils les césuraient et les revendaient pour des neuves aux allemands… mais ils n’étaient pas très malins, car au premier coup de bois la dedans, ça s’écaillait ! Résultat, ils portaient gratuitement en représailles… Il a avait aussi une anecdote pendant la guerre, des caddies se souviennent être en haut du 1 de maintenant quand le secrétariat appris que les résistants arrivaient. Le Prof est monté leur dire de partir, de rentrez chez eux. Et ils ont vu passer sur le parcours à cheval les officiers allemands qui remontaient vers Chambéry puis la Maurienne. C’était impressionnant !
 
Il y avait quelqu’un qui avait une forte personnalité, j’ai du porter une fois pour lui, c’était Leveque. Il était directeur des soutiens-gorge Lou, ça nous faisait rire d’ailleurs, il avait une très très forte personnalité.
 
Le golf s’est démocratisé, et maintenant il n’y a plus le miroir des caddies pour raconter…
 
A l’époque, dans les gens qui jouaient, il y avait ceux qui se connaissaient très bien mais ils appartenaient tous dans l’ensemble à une certaine classe sociale, mais l’impression qu’il me reste c’est qu’ils n’étaient pas là dans l’ensemble pour se faire des contacts mais pour se montrer, ils faisaient partis d’une certaine élite. On ne pouvait pas dire qu’on avait le regard critique sur ce monde-là, on l’a peut-être eu après, mais nous on était contents de se retrouver entre nous, mais c’était un autre monde. Il se plaignant peut être à Mme Daviez mais ils nous respectaient. Mme Daviez ne se serait pas gênée pour nous le dire, et c’était normal, ça faisait parti du jeu. Nous étions respectés et nous respections nos clients. On n’avait pas le droit de monter au bar. L’escalier là, niet ! Je n’étais jamais venue dans la grande salle (la salle du restaurant) jusqu’à ce qu’un camarade de lycée devenu gérant du bar, Paul Zambon m’y invite.
 
On avait l’obligation de nettoyer les clubs aussi. On se mettait devant La Boutique actuelle, il y avait un auvent, en arrière il y avait la salle des sacs hommes, et à côté du vestiaire des hommes il y a un local tout en long, avec au fond un bassin, c’est là qu’on nettoyait et avant il y avait une grande roue à eau là. A la place du putting green devant La Boutique actuelle et le secrétariat c’était la cour, le parking, les clients arrivaient là. Tout le long du Tillet, il y avait des chaines, et les voitures se garaient là jusqu’au pont du Tillet qui mène au 1 de maintenant. Derrière (le parking actuel) c’était un bois. En tous cas, au cours de ma vie après, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui avait été caddy… Déjà il fallait habiter dans un endroit où il y avait un golf, et il n’y en avait pas beaucoup à l’époque, donc je n’ai jamais eu cette occasion.
 
Ketty : Mais toi Doudou, avant guerre, comment c’était quand tu es arrivé au golf ? Moi j’ai connu dans les années 53, mais toi juste après la guerre, au début  Il y avait déjà des caddies ? Il n’y avait pas de chariot, il n’y avait que des sacs.
 
Doudou : et non, pas de chariot, toi tu as connu les chariots, c’était le début. Il y avait cette dame pour qui je portais qui avait un chariot, avec tous ses accessoires… on voyait les aixois avec des chariots, ce n’était pas les plus sympas… les deux Cerboneski n’en avaient rien à faire des caddies, ils étaient indifférents, ils avaient leurs chariots ils jouaient extrêmement bien. Les autres personnes d’Aix ne prenaient pas de caddies. Le Docteur Delaway d’Annecy prenait un caddy. J’ai connu le passage entre la fin de la belle époque et l’arrivée de ces nouveaux riches. Les médecins d’Aix, tiraient leur charrette, ils ne prenaient pas de caddies. J’ai été surprise de revenir il y a environ 20 ans au golf, il y avait eu beaucoup de changement. Par exemple le plan d’eau au 18, c’était un grand creux avant. Le 14, le 1 de l’époque, il n’y avait pas de mare. A notre époque on avait des clients qui nous respectaient, on a eu l’Aga Khan, le Roi des Belges, Gourdel, etc, mais une dizaine d’années après les caddies ont vu arriver ceux qu’on appelle les nouveaux riches, les parvenus. Et pour les caddies, ce n’était plus du tout la même chose. »
 
Merci à Ketty Ferdellone et Edouard Forestier dit Doudou… pour ce bon moment de partage le 14 novembre 2013...